Évaluation des actifs incorporels
Marques, brevets, logiciels, relations clients, fonds de commerce : donner une valeur documentée à ce qui ne se touche pas — pour une acquisition, un litige ou vos comptes.
Dans la plupart des transactions, l'essentiel du prix ne paie ni des machines ni des murs : il paie une marque, une technologie, un portefeuille de clients, un fonds de commerce. Ces immobilisations incorporelles obéissent à des règles d'évaluation spécifiques — et à un niveau d'exigence documentaire élevé, car leurs valeurs reposent sur des hypothèses qu'il faut savoir défendre devant un auditeur, l'administration fiscale ou un tribunal. Là où un actif corporel a un marché d'occasion observable, un incorporel n'a souvent pas de comparable direct : sa valeur se construit par le revenu qu'il génère ou le coût qu'il évite.

CPCON évalue les actifs incorporels dans la continuité de son métier d'évaluation d'actifs et de valorisation d'entreprise : mêmes équipes, mêmes standards de documentation, avec les méthodes propres aux incorporels — redevances évitées, surprofit multi-périodes, coûts de reconstitution, comparables de marché. Chaque rapport explicite ses hypothèses, ses sources et ses sensibilités : c'est ce qui le rend utilisable en allocation de prix d'acquisition, en test de dépréciation ou en contentieux. Cette page détaille les types d'incorporels, les méthodes par catégorie, le cadre PCG / IAS 38, le déroulé d'une mission et la place de l'évaluation dans une due diligence.
Nos évaluations d'incorporels s'appuient, lorsque c'est pertinent, sur les constats de terrain issus de l'inventaire physique des immobilisations et s'inscrivent dans un dispositif global de gestion des immobilisations. Pour les groupes industriels, qui combinent fortes immobilisations corporelles et technologies propriétaires, voir aussi notre approche secteur industrie.
Ce que nous évaluons — et comment
Marques et noms commerciaux
Évaluées le plus souvent par la méthode des redevances évitées : quel taux de redevance l'entreprise paierait-elle si elle devait licencier sa propre marque ? Le taux est documenté par comparables de licences, appliqué au chiffre d'affaires attribuable et actualisé sur la durée de vie économique.
Brevets, technologies et logiciels
Selon le contexte : redevances évitées, surprofit (excess earnings) lorsque la technologie porte la rentabilité, ou coût de reconstitution pour les développements internes et logiciels. La durée de protection juridique et l'obsolescence technique bornent l'horizon de projection.
Relations clients et carnets de commandes
Cœur des allocations de prix d'acquisition : la méthode du surprofit multi-périodes (MPEEM) isole les flux attribuables au portefeuille clients existant, après rémunération des actifs contributifs, avec une courbe d'attrition documentée par vos données historiques.
Fonds de commerce
Objet juridique français par excellence — clientèle, droit au bail, enseigne, matériel. Son évaluation combine l'approche par le chiffre d'affaires ou l'EBE (barèmes par profession, retraités), l'actualisation des flux et la valeur des éléments séparables. Décisive en cession, transmission ou litige de bail.
À chaque incorporel sa méthode dominante
Le choix d'une méthode n'est pas arbitraire : il dépend de la nature de l'actif et des données disponibles. Le tableau ci-dessous présente les associations les plus courantes ; en pratique, nous croisons au moins deux approches quand c'est possible.
| Actif incorporel | Méthode dominante | Paramètres clés |
|---|---|---|
| Marque | Redevances évitées | Taux de redevance, CA attribuable, durée de vie |
| Brevet / technologie | Redevances évitées ou surprofit | Durée de protection, obsolescence, marge |
| Relations clients | Surprofit multi-périodes (MEEM) | Courbe d'attrition, marge, charges de contribution |
| Logiciel développé en interne | Coût de reconstitution | Charge de redéveloppement, obsolescence |
| Fonds de commerce | CA / EBE retraité + flux actualisés | Barème professionnel, rentabilité, bail |
| Carnet de commandes | Flux attribuables actualisés | Marge sur commandes, délai de réalisation |
Les trois familles de méthodes
Toute évaluation d'incorporel se rattache à l'une des trois approches de la théorie de la valeur — par le revenu, par les coûts, par le marché. Le bon évaluateur ne plaque pas une méthode : il choisit celle que l'actif et les données rendent défendable, et il la confronte à une seconde quand c'est possible.
Approches par le revenu
Les plus utilisées pour les incorporels, car ils valent surtout par les flux futurs qu'ils permettent. Redevances évitées : on applique un taux de redevance de marché au chiffre d'affaires attribuable, puis on actualise les économies nettes d'impôt — méthode reine des marques. Surprofit multi-périodes (MEEM) : on isole les flux d'un actif (souvent les relations clients) après rémunération des actifs contributifs, puis on les actualise — méthode reine des portefeuilles clients en PPA. Flux attribuables actualisés : projection directe des cash-flows propres à l'actif quand ils sont isolables.
Approches par les coûts
On estime le coût de reproduction (refaire à l'identique) ou de remplacement (obtenir un actif d'utilité équivalente), diminué de l'obsolescence. C'est l'approche de référence pour les logiciels développés en interne, les bases de données et certains actifs sans flux directement isolables : leur valeur est ce qu'il en coûterait de les reconstituer.
Approches par le marché
On compare l'actif à des transactions portant sur des incorporels similaires. Solide en théorie, elle se heurte à la rareté des comparables : chaque marque, chaque brevet est singulier, et les conditions des transactions sont rarement publiques. Nous l'utilisons surtout en recoupement, pour borner ou conforter un résultat obtenu par le revenu.
Notre principe : croiser au moins deux approches dès que les données le permettent, et expliciter pourquoi l'une est retenue comme principale. Une valeur obtenue par une seule méthode, sans contrôle de cohérence, est fragile devant un auditeur.
Cadre comptable : PCG et IAS 38
La reconnaissance et l'évaluation des incorporels reposent sur des principes convergents entre normes françaises et IFRS, avec des nuances qu'il faut connaître.
Conditions de reconnaissance
Un actif incorporel n'est reconnu que s'il est identifiable(séparable ou issu de droits contractuels / légaux), contrôlé par l'entité et porteur d'avantages économiques futurs. Conséquence majeure : les marques, fichiers clients et titres de journaux créés en interne ne sont généralement pas inscrits à l'actif — ni en PCG, ni en IAS 38. Leur valeur n'apparaît au bilan que lorsqu'ils sont acquis, typiquement lors d'une allocation de prix d'acquisition.
Durée de vie et amortissement
En IAS 38, on distingue les incorporels à durée de vie finie (amortis sur leur durée d'utilité) et à durée de vie indéfinie (non amortis mais soumis à un test de dépréciation annuel — cas fréquent des marques fortes). Le PCG amortit en principe sur la durée d'utilisation prévue et encadre les durées non déterminables. La durée retenue est l'un des paramètres les plus scrutés par l'auditeur, d'où l'importance de la documenter par un faisceau d'indices.
Allocation du prix d'acquisition (PPA)
Après un regroupement d'entreprises (IFRS 3 en IFRS), le prix payé doit être réparti entre les actifs identifiables — dont les incorporels — à leur juste valeur, le solde formant l'écart d'acquisition (goodwill). C'est l'exercice où nos méthodes (MEEM pour les clients, redevances pour les marques et technologies) sont mobilisées ensemble, avec un test de cohérence d'ensemble (taux de rendement implicite des actifs vs WACC de la transaction).
Tests de dépréciation
Les incorporels et le goodwill sont soumis à des tests de dépréciation (PCG art. 214-15 et suivants ; IAS 36 en IFRS), annuels pour les durées de vie indéfinies et le goodwill, ou dès l'apparition d'un indice de perte de valeur. Le traitement comptable des amortissements associés est explicité dans notre guide Amortissement des immobilisations selon le PCG.
Quand l'évaluation d'incorporels s'impose
- Allocation du prix d'acquisition (PPA) : affecter le prix payé aux actifs incorporels identifiables, en normes françaises comme en IFRS (IFRS 3 / IAS 38)
- Tests de dépréciation des incorporels et écarts d'acquisition (PCG art. 214-15 et s. ; IAS 36 en IFRS)
- Cession ou acquisition d'une marque, d'un brevet, d'un portefeuille de logiciels ou d'un fonds de commerce
- Apports, restructurations intragroupes et prix de transfert d'incorporels — en coordination avec vos conseils fiscaux
- Litiges et contentieux : contrefaçon, rupture de contrat, éviction de bail commercial, indemnisation du fonds
- Information financière : justification des valeurs à l'annexe et réponse aux questions du commissaire aux comptes
Pour aller plus loin : notre service d'évaluation d'actifs corporels (valeur vénale, valeur de remplacement), la valorisation d'entreprise complète, et notre guide Amortissement des immobilisations selon le PCG pour le traitement comptable.
Comment se déroule une mission d'évaluation
Une évaluation d'incorporels est un travail d'analyse autant que de chiffrage. Voici les étapes typiques, adaptées au contexte (PPA, cession, litige, dépréciation).
- 1
Cadrage et définition de valeur
Objectif de la mission, référentiel (PCG / IFRS), date d'évaluation, périmètre des actifs incorporels à évaluer et niveau de valeur applicable (juste valeur, valeur vénale, indemnité).
- 2
Identification des incorporels
Recensement des actifs identifiables : marques, brevets, technologies, logiciels, relations clients, carnet de commandes, fonds de commerce — distincts du goodwill résiduel.
- 3
Collecte et analyse des données
Historique de chiffre d'affaires et de marge, courbes d'attrition clients, contrats de licence comparables, taux de redevance de marché, données de coût de redéveloppement, business plan.
- 4
Modélisation par actif
Application de la méthode dominante (redevances évitées, MEEM, coûts) avec les actifs contributifs et les charges de contribution ; choix du taux d'actualisation cohérent avec le risque de l'actif.
- 5
Tests de cohérence
Contrôle d'ensemble : rendement implicite des actifs (WARA) confronté au WACC, recoupement avec une seconde approche, analyse de sensibilité sur les paramètres clés.
- 6
Rapport et soutenance
Rapport documenté — définition de valeur, méthodes, sources, hypothèses, sensibilités — conçu pour le dialogue avec l'auditeur, l'administration fiscale ou le juge, et soutenu si nécessaire.
Incorporels et due diligence d'acquisition
Avant comme après une acquisition, l'évaluation des incorporels éclaire la décision et sécurise le traitement comptable. En amont, elle aide à comprendre ce que l'on paie : quelle part du prix correspond à la marque, à la technologie, aux clients, et quelle part au seul goodwill. En aval, elle est indispensable à l'allocation du prix d'acquisition.
- Identification des actifs incorporels réellement transférés et de leur protection juridique (dépôts de marque, brevets en vigueur, titularité des logiciels).
- Solidité des relations clients : concentration, ancienneté, attrition historique — déterminantes pour la valeur du portefeuille.
- Cohérence prix / valeur : la décomposition de la valeur révèle si le prix repose sur des actifs identifiables ou sur un goodwill élevé à justifier.
- Préparation de la PPA : anticiper l'allocation post-acquisition évite les surprises au premier arrêté des comptes et les frottements avec l'auditeur.
Cette analyse s'articule naturellement avec la valorisation d'entreprise (valeur globale des titres) et l'évaluation des actifs corporels (équipements, installations) : les trois éclairages composent une vue complète du patrimoine acquis.
Pourquoi confier l'évaluation de vos incorporels à CPCON
L'évaluation d'incorporels exige à la fois la maîtrise des méthodes financières et la capacité à documenter chaque hypothèse pour qu'elle tienne devant un tiers. CPCON réunit :
- 30 ans d'expérience et plus de 4 500 projetsdans cinq pays, au croisement du patrimoine corporel et incorporel.
- Des rapports défendables : hypothèses, sources et sensibilités explicites, structurés pour le dialogue avec auditeurs, fisc et avocats.
- Un guichet unique du corporel à l'incorporel et à la valorisation d'entreprise : une cohérence d'ensemble rare, avec nos propres équipes.
- Une posture de coordination avec vos conseils : nous produisons la valeur, ils l'utilisent dans leur cadre (acte, dossier fiscal, contentieux).
Exemple : décomposer le prix d'une acquisition
Une entreprise rachète une société pour 20 M€. La question comptable n'est pas « combien a-t-on payé ? » mais « qu'a-t-on acheté ? ». L'allocation du prix d'acquisition répartit ces 20 M€ entre les actifs identifiables — corporels et incorporels — le solde formant l'écart d'acquisition (goodwill). Les chiffres ci-dessous sont illustratifs ; ils montrent la logique, pas un barème.
| Composante | Méthode | Valeur |
|---|---|---|
| Actifs corporels nets | Évaluation des équipements et installations | 6,0 M€ |
| Marque | Redevances évitées | 3,0 M€ |
| Relations clients | Surprofit multi-périodes (MEEM) | 4,5 M€ |
| Technologie / logiciel | Coût de reconstitution | 2,0 M€ |
| Goodwill (solde) | Prix − actifs identifiables | 4,5 M€ |
| Prix d'acquisition | 20,0 M€ |
La leçon : sans évaluation des incorporels, l'intégralité de l'écart entre le prix et les actifs corporels (14 M€) tomberait en goodwill non amorti et non testé en détail. En identifiant marque, clients et technologie, on documente ce que l'on a réellement acheté, on amortit les incorporels à durée de vie finie, et l'on réduit le goodwill résiduel à ce qu'il est vraiment : la part non identifiable de la valeur. C'est exactement ce que l'auditeur attend d'une PPA sérieuse.
Le fonds de commerce, spécificité française
Le fonds de commerce est une notion proprement française, sans équivalent exact dans les normes internationales. C'est un ensemble d'éléments — corporels et incorporels — affectés à l'exploitation : clientèle et achalandage, nom commercial et enseigne, droit au bail, matériel et outillage, parfois marques, brevets et licences. Cet ensemble peut être vendu, nanti ou apporté en bloc, ce qui en fait un objet d'évaluation à part entière.
Les méthodes d'évaluation du fonds
Trois familles se combinent. L'approche par le chiffre d'affairesapplique des barèmes professionnels (un pourcentage du CA propre à chaque activité), à manier avec prudence et à retraiter. L'approche par l'excédent brut d'exploitation (EBE) capitalise la rentabilité réelle, souvent plus pertinente. L'approche par les flux actualisés projette les cash-flows futurs de l'exploitation. À cela s'ajoute la valeur des éléments séparables(droit au bail, matériel) qui peuvent avoir une valeur propre. Nous croisons ces approches et retraitons les barèmes plutôt que de les appliquer mécaniquement.
Le droit au bail, élément souvent décisif
Dans le commerce de centre-ville, le droit au bail — le droit d'occuper un emplacement à des conditions souvent inférieures au marché — peut représenter une part majeure de la valeur du fonds. Son évaluation (différentiel de loyer capitalisé, méthode du déplafonnement) est un savoir-faire spécifique, central en cession comme en cas d'éviction, où l'indemnité due au locataire dépend directement de la valeur du fonds.
Évaluation d'incorporels en litige et contentieux
L'évaluation d'incorporels est fréquemment mobilisée dans un cadre contentieux, où la valeur fonde une demande d'indemnisation. Le rapport doit alors être particulièrement robuste, car il sera contesté par la partie adverse et examiné par le juge.
- Contrefaçon de marque ou de brevet : chiffrage du préjudice — gains manqués, économies réalisées par le contrefacteur, atteinte à la valeur de l'actif.
- Éviction de bail commercial : évaluation du fonds et de l'indemnité d'éviction lorsque le bailleur refuse le renouvellement.
- Rupture de contrat ou de relation commerciale : valorisation des flux perdus et de l'atteinte au portefeuille clients.
- Litiges entre associés : évaluation contradictoire des incorporels dans le cadre d'une sortie de capital ou d'un désaccord de valeur.
Dans tous ces cas, nous produisons un rapport explicitant méthode, sources et hypothèses, conçu pour le contradictoire et soutenu si nécessaire : c'est la solidité de la démonstration, autant que le montant, qui emporte la conviction. Cette rigueur prolonge celle de notre évaluation d'actifs corporels et de la valorisation d'entreprise.
Actifs contributifs et taux : la mécanique de la valeur
Au-delà du choix de la méthode, la crédibilité d'une évaluation d'incorporel tient à deux paramètres techniques que l'auditeur examine systématiquement : le traitement des actifs contributifs et le taux d'actualisation. Les négliger produit une valeur séduisante mais indéfendable.
Les charges de contribution d'actifs
Un portefeuille clients ne génère pas ses flux tout seul : il faut des locaux, des machines, du fonds de roulement, une marque, du personnel. Dans la méthode du surprofit multi-périodes (MEEM), on ne peut donc pas attribuer la totalité du résultat à l'incorporel évalué. On déduit des charges de contribution d'actifs(contributory asset charges) : une rémunération théorique de chaque autre actif qui participe aux flux. Le résidu — le « surprofit » — est ce qui revient réellement à l'actif évalué. Sans cette étape, on surévalue systématiquement l'incorporel.
- Actifs corporels : rémunérés par un taux reflétant leur risque, généralement proche du coût de financement de ces actifs.
- Fonds de roulement : rémunéré à un taux court, proche du coût de la dette à court terme.
- Autres incorporels (marque, technologie) : rémunérés à un taux élevé reflétant leur risque propre, pour éviter de compter deux fois la même valeur.
Le taux d'actualisation
Chaque incorporel porte un risque spécifique : les flux d'une marque établie sont plus sûrs que ceux d'une technologie exposée à l'obsolescence. Le taux d'actualisation retenu doit refléter ce risque, et l'ensemble des taux appliqués aux différents actifs doit rester cohérent avec le coût moyen pondéré du capital (WACC) de la transaction. Ce contrôle de cohérence — le rendement moyen pondéré des actifs (WARA) confronté au WACC — est l'un des tests clés d'une allocation de prix d'acquisition solide.
À retenir : une évaluation d'incorporel n'est pas qu'un chiffre actualisé. C'est un système cohérent — flux, actifs contributifs, taux — dont chaque pièce se justifie et se recoupe. C'est ce niveau de rigueur qui rend un rapport opposable à un auditeur ou à un juge.
Logiciels et bases de données : un cas à part
Les logiciels développés en interne et les bases de données posent des questions particulières, tant pour leur reconnaissance comptable que pour leur évaluation. Ils sont au croisement de l'immatériel et du parc informatique : leur recensement relève souvent de la même démarche que l'inventaire des immobilisations, étendu aux actifs intangibles.
L'évaluation par le coût de reconstitution
Un logiciel développé en interne n'a généralement pas de marché : on l'évalue par le coût de reconstitution — ce qu'il en coûterait de le redévelopper à l'identique aujourd'hui, charges de personnel et de projet comprises — diminué de l'obsolescence technique. C'est l'approche par les coûts dans sa forme la plus pure. La difficulté est d'estimer la charge de redéveloppement réaliste et d'apprécier l'obsolescence d'une technologie qui peut vieillir vite.
Reconnaissance comptable
Les frais de développement peuvent, sous conditions strictes (faisabilité technique, intention et capacité d'achever et d'utiliser, avantages futurs probables, mesure fiable des coûts), être activés à l'actif — alors que les frais de recherche sont toujours des charges. Cette logique, convergente entre PCG et IAS 38, conditionne ce qui figure au bilan. Notre évaluation distingue clairement la valeur économique de l'actif de son traitement comptable, qui peut diverger.
Les bases de données et les données clients
Une base de données structurée et entretenue a une valeur réelle — coût de constitution, avantage concurrentiel, exploitation commerciale. Son évaluation combine le coût de reconstitution et, lorsque les données génèrent des revenus identifiables, une approche par le revenu. Comme pour les fichiers clients, une base créée en interne n'est pas inscrite au bilan, mais sa valeur doit être établie en cas de cession, d'apport ou de litige.
Évaluer une marque : taux de redevance, force et durée de vie
La marque est l'incorporel le plus emblématique, et son évaluation par la méthode des redevances évitées repose sur trois paramètres qui méritent chacun une analyse rigoureuse : le taux de redevance, le chiffre d'affaires attribuable et la durée de vie économique.
Le taux de redevance
C'est le paramètre le plus sensible. On le documente par des contrats de licence comparables dans le même secteur et pour des marques de notoriété équivalente. Le taux doit être cohérent avec la rentabilité de l'activité : une marque ne peut raisonnablement capter, en redevance, plus que ce que l'exploitation peut supporter. Un taux retenu sans comparables solides est la première faiblesse qu'un auditeur relèvera.
La force de la marque
Toutes les marques ne se valent pas : notoriété, fidélité, position concurrentielle, étendue géographique et catégorielle, protection juridique des dépôts. Cette force influence à la fois le taux de redevance retenu (dans la fourchette des comparables) et la durée de vie. L'analyse de la force d'une marque est qualitative mais structurée : elle s'appuie sur des indicateurs de marché et des données internes, pas sur une impression.
La durée de vie économique
Une marque établie peut avoir une durée de vie indéfinie au sens de l'IAS 38 — elle n'est alors pas amortie mais testée annuellement pour dépréciation. D'autres, liées à un produit ou à une mode, ont une durée finie. Le choix se documente par un faisceau d'indices : ancienneté, stabilité historique, intentions de soutien de la marque, dynamique du marché. Ce choix conditionne la valeur autant que le taux : une marque actualisée à l'infini vaut beaucoup plus qu'une marque bornée à dix ans, d'où la vigilance de l'auditeur sur ce point.
Notre approche : nous documentons chacun de ces trois paramètres séparément, par des données de marché et des éléments internes, et nous testons la sensibilité du résultat à leurs variations. Une valeur de marque robuste n'est pas un chiffre : c'est un raisonnement traçable, du taux à la durée.
La même exigence vaut pour les brevets et technologies (durée de protection, obsolescence) et pour les relations clients (courbe d'attrition) : dans tous les cas, la valeur naît de paramètres justifiés et recoupés. C'est ce qui distingue une évaluation opposable d'une simple opinion, en cohérence avec notre évaluation d'actifs corporels et notre valorisation d'entreprise.
Questions fréquentes
Quelles sont les principales méthodes d’évaluation des actifs incorporels ?
Trois familles : les approches par le revenu (redevances évitées, surprofit multi-périodes, flux actualisés attribuables), les approches par les coûts (coût de reproduction ou de remplacement, surtout pour les logiciels et bases de données) et les approches par le marché (transactions comparables, plus rares pour les incorporels). Le choix dépend de l'actif, des données disponibles et de l'objectif de l'évaluation — nous croisons systématiquement au moins deux approches quand c'est possible.
Quelle est la différence entre fonds de commerce et goodwill ?
Le fonds de commerce est une notion juridique française : un ensemble d'éléments (clientèle, enseigne, droit au bail, matériel) qui peut être vendu, nanti ou apporté en tant que tel. Le goodwill (écart d'acquisition) est une notion comptable : l'excédent du prix d'acquisition sur la juste valeur des actifs identifiables. Un même rachat peut faire apparaître les deux, mais leur évaluation répond à des règles différentes.
Peut-on inscrire une marque créée en interne au bilan ?
En principe non : les marques, fichiers clients et éléments similaires créés par l'entreprise ne sont pas comptabilisés à l'actif (même logique en PCG et en IAS 38). Leur évaluation reste pourtant nécessaire dans d'autres contextes : cession, apport, litige, prix de transfert. L'inscription au bilan intervient lorsqu'ils sont acquis — typiquement lors d'une allocation de prix d'acquisition.
Comment évaluez-vous la durée de vie d'un incorporel ?
Par faisceau d'indices : protection juridique (durée des dépôts de marque, des brevets), données économiques (attrition clients constatée, cycles de renouvellement technologique), pratiques sectorielles et intentions du management. La durée retenue est documentée — c'est l'un des paramètres que l'auditeur examine en premier. En IAS 38, un incorporel à durée de vie indéfinie (souvent les marques) n'est pas amorti mais testé annuellement.
Travaillez-vous avec notre expert-comptable ou notre avocat ?
Systématiquement. L'évaluation d'incorporels se situe au carrefour du comptable, du fiscal et du juridique : nous produisons le rapport d'évaluation documenté, vos conseils l'utilisent dans leur cadre (acte de cession, dossier fiscal, contentieux). Nos rapports sont structurés pour ce dialogue.
En quoi consiste la méthode des redevances évitées ?
Elle évalue un actif (typiquement une marque ou une technologie) en estimant la redevance que l'entreprise économise en le possédant plutôt qu'en le licenciant. On applique un taux de redevance de marché — documenté par des contrats de licence comparables — au chiffre d'affaires attribuable à l'actif, sur sa durée de vie économique, puis on actualise ces flux nets d'impôt. C'est la méthode la plus admise pour les marques car elle s'appuie sur des références de marché observables.
Qu'est-ce que la méthode du surprofit multi-périodes (MEEM / MPEEM) ?
La Multi-Period Excess Earnings Method isole les flux de trésorerie générés par un actif incorporel donné — le plus souvent les relations clients — après avoir rémunéré tous les autres actifs qui contribuent à ces flux (actifs corporels, fonds de roulement, autres incorporels), via des « charges de contribution d'actifs ». Le résidu, actualisé, est la valeur de l'incorporel évalué. C'est la méthode reine pour les portefeuilles clients en allocation de prix d'acquisition.
Quelle est la différence entre le PCG et l'IAS 38 pour les incorporels ?
Les deux référentiels convergent sur les principes : un incorporel est reconnu s'il est identifiable, contrôlé et porteur d'avantages économiques futurs ; les incorporels créés en interne (marques, fichiers clients) ne sont généralement pas activés. Les différences portent sur le détail : l'IAS 38 distingue durée de vie finie (amortie) et indéfinie (non amortie, testée annuellement), tandis que le PCG amortit en principe sur la durée d'utilisation et borne les durées non déterminables. Nous précisons toujours le référentiel applicable dans le rapport.
Combien de temps prend une évaluation d'actifs incorporels ?
Cela dépend du nombre d'actifs, de la disponibilité des données (historique de chiffre d'affaires, courbes d'attrition, contrats) et du contexte (une PPA sous délai d'audit n'a pas le même calendrier qu'une expertise de litige). Nous cadrons le délai dès la proposition de mission, en fonction de l'échéance réelle — clôture, signing, audience.
Une marque, un brevet, un fonds à évaluer ?
Contexte (PPA, cession, litige, dépréciation), actif concerné, échéance : décrivez votre besoin et recevez une proposition de mission avec méthodes et délais.
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